|
J'ai une marotte : je classe mes disques par année, et au sein de chaque année, par ordre alphabétique des groupes. pour 1973, ça donne : Black Sabbath "Sabbath bloody sabbath", Blue Öyster Cult "Tyranny and mutation", Iggy and The Stooges "Raw power", Led Zeppelin "Houses of the holy", Lynyrd Skynyrd "Pronounced...", Pink Floyd "The dark side of the moon", Soft Machine "Larks tongue in aspic", Yes "Tales from topographic oceans" et "Yessongs". Cherchez l'intrus !!! Alors qu'en cette très fructueuse année les groupes les plus brillants se tournent vers une sophistication effrénée, les Stooges font office de gros furoncle sur la face du rock business en sortant un disque en tout point ordurier et violent. Il faut bien l'avouer, à une époque où l'on ne parle encore ni de black, ni de death, ni de thrash metal, les Stooges font office de groupe le plus violent du monde. Tant grâce aux compositions elles-mêmes, lesquelles ne font strictement aucun compromis à tout ce qui pourrait de près ou de loin être considéré comme une tentative de séduire, que grâce au son, véritablement poussé dans le rouge, avec un mix réalisé par Iggy lui-même (malgre le crédit officiel de Bowie). Un conseil : écoutez ce disque dans une pièce suffisamment vaste pour accueillir ses déluges de saturation et non, comme je le fis la première fois, en voiture. Car vous risqueriez alors inévitablement l'accident bête et grave tant cet album est stressant et canibalise, par force, l'attention de l'auditeur, interloqué par tant de crudité. De la voix à la guitare, tout est saturé, poussé dans ses derniers retranchements, foncièrement hostile. Où l'on constate que Darkthrone n'a strictement rien inventé en matière de son crade (ni Mayhem en matière de lacération !) Les morceaux de bravoure ne manquent pas sur cet outrage, du morceau titre aux bien nommés "Death trip" et "Search and destroy". Tout n'est que haine, outrance et vomissement des valeurs qui en ce début des années 70 prédominaient encore officiellement dans le rock, c'est à dire "peace and love". Ben oui, c'est ça le rock. Ce disque constitue en fait, avec celui des New York Dolls de la même année, le dernier avertissement avant la déferlante punk de 76-77. Non entendu, comme il se doit... |