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HAWKWIND "Doremi Fasol Latido"
(emi - 1972)
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Quand on en aura terminé d'avec la sanctitication béate de Black Sabbath, peut-être pourra-t-on daigner se pencher sur le cas d'Hawkwind. Car sans Hawkwind, point de Monster Magnet ni d'Electric Wizard et consorts. Hawkwind, au sein duquel le prénommé "Lemmy" n'est autre que Monsieur Kilmister, jouait en effet pendant les 70's ce qu'il est convenu d'appeler du hard rock psychédélique, à grands renforts de synthés bidouillés, de guitares destructurées et de digressions sauvages. Hawkwind vivait en communauté et fréquentait l'astrale à un point qui fut fatal à la santé mentale de plus d'un de ses membres. Ces fameux membres ressemblaient à des quasi-clodos et l'on comprend encore mal comment une maison de disque sérieuse comme EMI a pu signer de tels énergumènes, si ce n'est en se souvenant qu'après tout Elektra avait bien signé les Stooges... Toute une époque quoi... Ce "Doremi fasol latido" de 1972 commence très fort avec les 11 minutes cosmiques de "Brainstorm", titre d'ailleurs repris 20 ans après par Monster Magnet. Le ton est donné d'emblée : saturation à tous les étages, psychédélisme, trame heavy rock, son déjanté, trois tonnes de réverb'... Toute la panoplie du petit chimiste du binaire. Le chant est anonné, chevrotant, gâté par les abus de psychotropes. Des choeurs improbables tentent de souligner un semblant de mélodie tandis que la section rythmique rame tout ce qu'elle peut pour ne pas avoir l'air de jouer un autre morceau. Présenté comme ça, la chose peut paraître difficilement défendable, mais ce n'est qu'une impression, car le miracle a lieu : l'édifice tient debout. Et lorsque le second morceau, "Space is deep", parvient à livrer une montée en puissance bien amenée, on se dit que ces types ne sont finalement pas si mauvais. Et lorsque retentit le surpuissant "Lord of light" avec la basse vrombissante de "Lemmy la belle verrue" et le chant épique du "Baron Dave", on se dit que la planète rock serait apparue bien triste sans Hawkwind. Le dernier titre de l'album, "The watcher" n'est rien d'autre que le râle du chanteur tentant de nous dire que "this is the end now". Fameux. Pas rancunier, EMI a réédité l'album en 2001 en y adjoignant une poignée de titres dont un inédit, "Ejection", qui a une certaine gueule et le single "Urban guerilla" que le groupe eut le bon goût de sortir en pleines émeutes de l'IRA. Culte, tout ça.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2002