

General Lee - "Roads"
Je ne connaissais pas Général Lee, ou très peu, seulement de nom et à peine plus. Comme Cult of Luna. Général Lee, c'est du post-hardcore teinté d'un sludge plus ou moins boueux, empreint d'une coloration mélodique sombre de rigueur, tantôt vaporeuse, tantôt lourde comme une enclume. Des rythmiques souvent plombantes, quelquefois éthérées, jouées down tempo où viennent s'accrocher puis se défaire les mélodies. Agressives ou légères dans la forme mais constamment tristes, mélancoliques, graves ou déprimées dans le fond. Non, rien n'est joyeux dans « Roads », rien n'est fait pour vous redonner le moral ou vous redonner un brin d'optimisme. Au mieux, les ambiances vous donneront un léger coup de spleen, un cran plus loin ce sera un malaise indéfinissable mais certain et en s'enfonçant un étage plus bas près du noyeau de cet univers fait de métal lourd et gluant vous serez prêt à sauter par la fenêtre. Voilà un peu pour situer l'ambiance, pour permettre aux néophytes de situer le propos. Mais « Roads » n'a rien d'extraordinaire créativement parlant, il est même un parfait modèle utilisant largement les poncifs du genre : des structures progressives faites de longues parties instrumentales aux mélodies dissonantes, des morceaux souvent longs imprégnés d'une distortion grasse et grave où le chant n'est qu'hurlements désespérés ne prenant vie que dans des passages explosifs et violents. C'est à ce titre que Général Lee est allé musicalement peut-être un peu trop près de ses influences : après avoir écouté rapidement mais néanmoins très attentivement Cult of Luna, un des maîtres du style, j'ai remarqué d'étranges similitudes dans certaines compostions du Général Lee. Je ne parlerais pas de plagiat, ma connaissance pas assez confirmée du genre ne me le permet pas, mais simplement d'impression certaine de copier-coller de part et là de l'album. Voilà qui est dit. Cependant, malgré son manque d'originalité et son quasi flagrant délit de pompe, « Roads » possède quelque chose qui touche, quelque chose de beau. Un quelque chose sûrement dû à un extraordinaire travail fait sur le son, où chaque instrument savamment maîtrisé a sa juste place, une alchimie musicale où chaque ingrédient sonore est dosé avec parcimonie. Sûrement aussi grâce à un album assez équilibré où alternent morceaux puissants ( « The red room », « Those of the unlight ») et plus calmes (« Ashes by the dawn ») avec une volonté entêtée de faire passer et partager des émotions.
Mais soyons clairs : fans de sludge, de postrock ou de Cult of Luna, il y a de fortes chances pour qu'au mieux vous trouviez cet opus très décevant et que dans le pire des cas vous jetiez, en hurlant de rage, « Roads » et votre platine par la fenêtre. Pour tous les autres, non afficionados, ouverts d'esprit et d'oreilles en quête de sonorités nouvelles, il est probable que vous puissiez apprécier ces neuf longues plages musicales. A vous de savoir qui vous êtes...