Patrick
Etuy
| Loin,
très loin du doom-death de "Always" ou de l'emphase
de "Mandylion", The Gathering se libère et repousse
une nouvelle fois avec "Souvenirs" les limites de son
univers musical ; à tel point qu'il serait bien illusoire
de continuer à les considérer comme un groupe Metal.
De toute façon cela fait longtemps que le groupe s'est
détourné de ces considérations réductrices.
À ce petit jeu, peut-être pourrait-on encore parler
de trip-rock, l'univers du groupe Archive étant à
portée de tir. Mais il faut surtout reconnaître qu'avec
ses 10 titres ciselés à l'or fin, à la production
incroyable (Zlaya Hadzich, producteur de Motorpsycho, auteur de
deux titres sur l'album) et aux rythmiques déconstruites,
"Souvenirs" appelle à un annuaire entier d'influences,
qu'elles soient sonores, mélodiques ou spirituelles. Extrêmement
fouillé et extraordinairement ouvert à la fois,
"Souvenirs" évoque les développements
à 360° degrés de Talk Talk ou l'incessante recherche
sonore de Depeche Mode. Pas très Metal tout ça me
direz-vous ? On vous avait prévenu. La présence
de Trickster G (alias Garm de Ulver, lui aussi défricheur
infatigable) sur le morceau final convaincra les derniers indécis
que l'heure est à l'ouverture. Résolument pop par
moments (le très top 40 "You Learn About It",
que n'aurait pas renié Dido), souvent sombre et introverti,
ce nouvel album noie l'auditeur dans un maelström d'ambiances
à première vue contradictoires, mais qui finissent
par se transcender, l'alchimie se réalisant. Revendiqué
sans réserve par le groupe, acclamé par la critique,
"Souvenirs" saura-t-il convaincre le public ? Sacré
coup de dés pour The Gathering, qui apparaît d'autant
plus respectable. |