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Enslaved
vient de sortir le disque le plus énorme de l'année 2004. Ce
n'est pas une divine surprise, mais au contraire une confirmation
tant ce que concoctait le groupe depuis "Monumension" transpirait
l'intelligence et la promesse d'un coup grandiose à venir. Et
le voici donc, ce coup qui propulse définitivement Enslaved
dans la catégorie des incomparables. Déjà, que les choses soient
claires : Enslaved appartient toujours à la sphère obscure.
Car sur ce disque, voyez-vous, ce ne sont ni Britney Spears
ni Madonna qui apparaissent en guest, mais bien Nocturno Culto
(Darkthrone), Abbath (Immortal RIP) ou Offu Kahn (Red Harvest).
Ça va comme brevet de noirceur ? Ça colle question légitimité
?
Cette mise au point effectuée, reprenons les choses classiquement
: à quoi ressemble ce disque? A rien ! Rien de connu en tout
cas...
Enslaved y use d'une façon quasi-indécente de tous les procédés
qui font d'une écoute un moment d'orgasme permanent : harmonies,
voix claires et black qui s'entrecroisent, solos de guitare,
riffs baroques, mélodies incandescentes... tout y est. Sans
parler de la production génialement puissante, sortie non de
quelque studio suédois renommé, mais, à l'ancienne, de la Grieghallen,
avec Pytten aux manettes. Ce dernier a réussi un travail colossal.
Les guitares sont d'une profondeur extraordinaire et la batterie
claque prodigieusement (le batteur est une brute pure...). Le
tout au service d'une musique qui continue à puiser dans le
patrimoine du rock 70's, du rock tout court en fait, aux fins
d'enrichir une base qui, je le répète, reste sombre, très sombre.
Sur le morceau "Return to Yggdrasill", on croise même des breaks
de batterie que n'auraient pas dédaigné les Swans sur "The great
annihilator". Les riffs thrash rugueux sont par ailleurs plus
que présents. On n'a donc nullement affaire à un cas d'adoucissement
ou de recentrage. Non, le propos est toujours aussi corrosif
et malsain. Simplement, le groupe est désormais au sommet de
l'art consistant à faire de sa musique un grand Tout plutôt
qu'un forage forcené à sens unique. Enslaved a choisi de ne
rien se refuser, d'embrasser avec volupté l'intégralité des
possibilités offertes par le rock conçu comme une rébellion
et une audace de chaque instant.
Le disque s'achève sur un moment colossal, "Neogenesis", titre
de 12 minutes où, après avoir asséné des riffs saccadés puis
une voix black odieusement rouillée, Enslaved envoie la purée
au travers de sept dernières minutes magistrales où solos de
guitares, riffs oniriques et claviers vicieux s'affrontent dans
une sensation d'opulence proprement hallucinante, puis encore
des riffs brutaux, et enfin une orgie de guitares rutilantes
précédée d'un passage lancinant qui rappelle à tous qui a été
le grand patron du Metal viking pendant près de 10 ans. On sort
de là complètement essoré, on se dit que si Tool devait un jour
copuler avec Voivod, King Crimson et Satyricon, ça pourrait
donner ça... On se dit que les coups de coeur existent encore.
Qu'une injustice monumentale se produirait si ce disque ne cartonnait
pas. On se dit aussi, bêtement, qu'on est fier... Car, oui,
ce disque fait partie de ceux qui font bomber le torse. |