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1993, 1994, 1995, époque où tout se posait, s'imbriquait méthodiquement pour former ce qui aujourd'hui apparaît comme l'âge d'or de ce que vous savez. Si les noms les plus fameux sont Darkthrone, Satyricon, Mayhem, Burzum et Immortal, la particularité de cette scène et de cette époque est de s'être vues gratifier d'albums éternels et référentiels de la part de groupes moins exposés. Les deux cas les plus topiques sont Ulver et Dodheimsgard. Alors qu'Ulver a frappé un grand coup en 1994 avec son "Bergtat", le manche est ensuite repris par Dodheimsgard avec le présent objet enregistré en 1995. 35 minutes. 35 minutes de crachats, avec ce chant d'Aldrahn totalement halluciné, performance unique dans les annales. 35 minutes de déflagration qui dépassent largement le strict cadre du black metal pour embrasser tout ce qui se fait d'extrême en musique. Une revivification de tout un passé d'hostilité musicale débuté en 1981 par Venom et continué ensuite par ce qui se nomme thrash, death et, donc, black. Il y a tout ça dans "Monumental Possession". Ce n'est pas un disque, ce sont les minutes notariales de 15 ans d'extrêmisme musical. Le tout servi par un son infernal, aride et saturé comme rarement, une basse perforante, une guitare rouillée, toujours la rouille dans ces cas là. Les tempos couvrent tout le spectre du rythme : du mid, héritage des moments les plus dark du grand Bathory, des accélérations bovines typées punk et des blasts étonnants de constance. Quelles ressources ! Et quelle ambiance. Ca sent le soufre, le salpêtre des caves les plus immondes. Enregistré en 3 jours, ce disque est un de ses exemples destinés à donner de la consistance au mot "urgence". Les riffs ici assénés finissent pas ne laisser aucun choix à l'auditeur, s'égrenant avec une évidence qui n'allait pourtant pas de soi eu égard à l'hostilité outrancière du propos, potentiellement de nature à rebuter. Soyons honnêtes : une première réaction de rejet n'est pas à exclure tant cette chose sort des sentiers battus. Mais la persévérance dans l'écoute amène inéluctablement à constater que malgré la débauche de haine, de saturation, l'absence de tout savoir-vivre, la production minimaliste, ce disque est tout sauf du n'importe quoi. Il est d'une logique, d'une unité et d'une stabilité exceptionnelles. Ose rattraper ce pavé lancé sans pitié en direction de ta gueule car il deviendra une des pierres les plus solides de ton mur. |