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Où Marco Keren, leader de Deinonychus, passe du militantisme à l'art musical ! Si on lui savait auparavant gré de défendre avec ardeur la cause du doom décharné et lugubre, il fallait bien admettre que son propos avait parfois tendance à être parasité par une outrance forcenée. L'assimilation des hormones sombres semble cependant désormais faite et Deinonychus n'a maintenant plus besoin de forcer le trait pour atteindre les rives de la désespérance absolue. "Insomnia" est ainsi un disque brillant qui tient debout sans béquilles. La recette ? Oh, il ne fallait pas grand-chose puisque, finalement, un resserrement du son, une plus grande musicalité et des vocaux plus maîtrisés "suffisent" à franchir le pas qui séparait le groupe de son appartenance enfin acquise au clan des incontournables. Du coup, il est exact que l'ombre portée de Katatonia vient contribuer aux ténèbres crépusculaires qui habitent le disque. Mais, après tout, qui pourrait bien reprocher à Deinonychus d'avoir enrichi les sonorités de ses guitares et doté sa musique de structures plus palpables. Pour être tout à fait honnête, la mue est beaucoup plus profonde que ce qui apparaît en premier lieu. On trouve en effet sur ce disque, outre les nouveautés mentionnées plus haut, des passages au cours desquels on n'hésite pas à accélérer franchement le tempo et ce afin de donner un corps plus vertébré à ces 5 titres (pour 44 minutes). Le qualificatif qui sied donc le mieux à ce disque est : solide. Certains, et c'est compréhensible, pourront regretter l'époque où le groupe préférait donner à sa musique un aspect fantomatique d'apparence plus froid. Mais en ce qui me concerne, je ne puis que souscrire à cette audace de Deinonychus qui, sans renoncer à dire tout le mal qu'il pense de la vie, s'emploie désormais à en parler de l'intérieur plutôt que d'en avoir une vision de simple spectateur malintentionné. C'est le sens que je donne à cet épaississement impressionnant du son et des compositions qui, contrairement à ce qui se faisait avant, et notamment sur "Mournument", permet à l'auditeur de mener une vraie découverte, de profiter d'un vrai contenu. Rester noir tout en se découvrant, c'est la performance, pas si commune, que vient de réaliser Deinonychus. |