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Je
suis certain qu'un des principaux freins à la diffusion commerciale
de cet album résida dans sa pochette, si transparente quant
aux préférences sexuelles de ses auteurs. Moi-même, qui pourtant
brûlait depuis longtemps de découvrir ce monument de l'électro,
je dois avouer que j'ai mandaté ma chère et tendre pour aller
me l'acheter afin de ne pas avoir à comparaître devant l'oeil
goguenard de la caissière de cette grande enseigne distributrice
de produits de reproduction musicale mécanographique. Mais une
fois rentré au bercail, dès la voiture en fait, quelle fiesta
pour les oreilles ! Ce disque est très nettement, avec ceux
de Kraftwerk puis de Throbbing Gristle et Suicide l'un des premiers
à avoir théorisé la musique électronique rythmée. Structures
minimalistes, rythmes martiaux ("Verlier nicht den kopf"), syncopés
("Als wär's das letzte mal") et synthétiques, limite naïfs,
voix graves, synthés en boucles : tout l'électro allemand dans
un disque. Rammstein y a autant puisé que dans Laibach. D'ailleurs,
la pochette du premier Rammstein ne vous rappelle-t-elle pas
quelque chose ? Cet étalage de simplicité et de rectitude est
d'autant plus remarquable qu'il n'empêche pas le groupe de développer
des ambiances très riches, basées sur la tension et l'angoisse
("Ich und die wirklichkeit"). Je garde le meilleur pour la fin
: ce disque comprend deux titres de légende : "Der Mussolini"
et "Alle gegen alle". Ces deux-là sont réellement cultes et
l'on ne compte plus les groupes qui les ont repris, de Laibach
("Alle gegen alle") sur album à Coroner sur scène ("Der Mussolini").
Essentiel pour qui veut comprendre quelque chose en matière
d'électro. |