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CULT OF LUNA "Salvation"
(earache - 2005)
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Si on nous l'avait adressé à sa sortie, il aurait sans nul doute été césarisé d'une couronne de lauriers en or massif. Mais, et finalement, ça tombe bien, il est arrivé en même temps que celui de Jesu... Car si "Salvation" a cette vertu de ramper inlassablement, lentement, froidement vers sa proie, s'il ressemble avec bonheur à un sale serpent visqueux animé des desseins les plus noirs, il manque, en comparaison de "Jesu" de grâce et nuance. Car là où Justin Broaderick tisse patiemment un canevas fait de multiples couches sonores et émotionnelles, Cult Of Luna se cantonne ici à asséner des certitudes héritées tant de son propre passé que des préceptes anciens de Neurosis et Misery Loves Co., à jamais ses deux maîtres. Jesu, lui, du fait des épaules de son mentor, n'a nullement besoin de piocher ici ou là, ni de rester figé dans un chant monotonement agressif. Et ce qui doit arriver arrive: Jesu se permet toutes les escapades, toutes les audaces, tout en restant dans le grand style, alors que Cult Of Luna demeure en terrain balisé. L'un vole, l'autre avance. Ceci dit, avancer, c'est déjà mieux que 90 % des autres groupes qui dans le meilleur des cas stagnent, et souvent reculent. Car, oui, ce disque n'en demeure pas moins une magnifique collection de montées en puissance et de circonvolutions sombres et préhensiles. Oui, il vous manipulera, vous fera subir sa loi, vous étouffera, vous menacera, vous crispera et finalement, vous libérera. Mais il ne vous fera pas voyager aussi loin que Jesu, ne vous fera pas tutoyer un autre monde. Ses titres sont trop souvent construits sur la même structure, certes excellente, mais sans surprise : intro autiste-rupture-gueulante-accalmie-rupture-gueulante-riff lancinant. Comparaison n'est certes pas raison, mais il faut cependant bien avouer qu'au dessus du talent, dont Cult Of Luna est pétri, il existe encore un échelon supplémentaire que l'on dénomme la grâce.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - mars 2005