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Encore
un changement de personnel : le bassiste a été changé et le
chanteur viré, Peeper Keenan le remplaçant tout en conservant
son rôle de guitariste. Et là, je dois dire qu'il s'agit d'un
coup de génie. Car si Karl Agell était bon, Peeper Keenan est
surhumain. Son chant purement sudiste, comme une espèce de Ronnie
Van Zant possédé, fait strictement merveille dans cet environnement
métallique et puissant. Mais j'y reviendrai. Cet album était
sorti un peu avant le premier tome de la compil' hommage à Black
Sabbath, "Nativity in Black". Et moi, j'avais pensé à l'écoute
du disque de C.O.C que le groupe (pourtant également de la fête
sur "Nativity...") avait voulu se faire son petit hommage perso
à Black Sabbath, comme ça, dans son coin, sans rien demander
à personne. En bref, je n'avais vu à l'époque dans ce disque
"qu'un" louable effort de perpétuer, aux côtés de Cathedral,
la glorieuse tradition de Iommi et Cie. Erreur grave. De jeunesse
sans doute. Car comment ne pas entendre qu'à côté, certes, de
riffs lourds et puissants, le groupe est parvenu à distiller
une ambiance purement, j'y reviens, sudiste. Premièrement, ce
disque a été enregistré à Atlanta. On sent d'ici la fleur d'oranger,
les champs de tabac et les veillées d'été, sur un rocking chair,
sous le patio de la maison à colonnades façon Scarlet O'Hara,
avec un douze ans d'âge servi sur la tablette, vous savez celle
en acajou héritée du neveu du général Lee. L'atmosphère est
bien là, au sens physique, presque météorologique du terme.
Il y a ensuite, donc, le chant chaud et puissant de Peeper Keenan
dont j'ai déjà loué les vertus euphorisantes. Il y a enfin ces
interventions de guitares traînantes qui évoquent la langueur
du Sud dans une espèce de nostalgie du bon vieux temps. Mais
ces touches sudistes n'empêchent cependant pas le groupe d'être
fidèle à ses racines hardcore et d'insuffler dans ce disque
une énergie incroyablement communicative au travers de titres
roboratifs tels que "Heaven's not overflowing", "Albatross"
ou "Senor limpio". L'album s'achève avec deux merveilles sombres.
La première s'intitule "Shelter", manière de blues mélancolique
et acoustique où la seule concession à l'électricité a pour
but de permettre à une guitare de s'évanouir dans des lamentos
vibratiles et déroutants. Puis vient un monstre : "Pearls before
swine". Après une intro littéralement hantée par les esprits
du bayou, les guitares électriques se mettent à hurler pour
ne plus s'arrêter, de riffs marteau-pilon en solos déchirants,
rien ne nous est épargné et on en ressort tout suffocant et
blême. Ce disque est un voyage dans le temps et l'espace, avec
en toile de fond une contribution copieuse à ce qui ne s'appelait
pas encore le stoner rock. |