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CORROSION OF CONFORMITY "Deliverance"
(sony music - - 1994)
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Encore un changement de personnel : le bassiste a été changé et le chanteur viré, Peeper Keenan le remplaçant tout en conservant son rôle de guitariste. Et là, je dois dire qu'il s'agit d'un coup de génie. Car si Karl Agell était bon, Peeper Keenan est surhumain. Son chant purement sudiste, comme une espèce de Ronnie Van Zant possédé, fait strictement merveille dans cet environnement métallique et puissant. Mais j'y reviendrai. Cet album était sorti un peu avant le premier tome de la compil' hommage à Black Sabbath, "Nativity in Black". Et moi, j'avais pensé à l'écoute du disque de C.O.C que le groupe (pourtant également de la fête sur "Nativity...") avait voulu se faire son petit hommage perso à Black Sabbath, comme ça, dans son coin, sans rien demander à personne. En bref, je n'avais vu à l'époque dans ce disque "qu'un" louable effort de perpétuer, aux côtés de Cathedral, la glorieuse tradition de Iommi et Cie. Erreur grave. De jeunesse sans doute. Car comment ne pas entendre qu'à côté, certes, de riffs lourds et puissants, le groupe est parvenu à distiller une ambiance purement, j'y reviens, sudiste. Premièrement, ce disque a été enregistré à Atlanta. On sent d'ici la fleur d'oranger, les champs de tabac et les veillées d'été, sur un rocking chair, sous le patio de la maison à colonnades façon Scarlet O'Hara, avec un douze ans d'âge servi sur la tablette, vous savez celle en acajou héritée du neveu du général Lee. L'atmosphère est bien là, au sens physique, presque météorologique du terme. Il y a ensuite, donc, le chant chaud et puissant de Peeper Keenan dont j'ai déjà loué les vertus euphorisantes. Il y a enfin ces interventions de guitares traînantes qui évoquent la langueur du Sud dans une espèce de nostalgie du bon vieux temps. Mais ces touches sudistes n'empêchent cependant pas le groupe d'être fidèle à ses racines hardcore et d'insuffler dans ce disque une énergie incroyablement communicative au travers de titres roboratifs tels que "Heaven's not overflowing", "Albatross" ou "Senor limpio". L'album s'achève avec deux merveilles sombres. La première s'intitule "Shelter", manière de blues mélancolique et acoustique où la seule concession à l'électricité a pour but de permettre à une guitare de s'évanouir dans des lamentos vibratiles et déroutants. Puis vient un monstre : "Pearls before swine". Après une intro littéralement hantée par les esprits du bayou, les guitares électriques se mettent à hurler pour ne plus s'arrêter, de riffs marteau-pilon en solos déchirants, rien ne nous est épargné et on en ressort tout suffocant et blême. Ce disque est un voyage dans le temps et l'espace, avec en toile de fond une contribution copieuse à ce qui ne s'appelait pas encore le stoner rock.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - avril 2002