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COPH NIA "Shape Shifter"
(cold meat industry)
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Ce disque n'est plus de toute première jeunesse, puisque sorti en mai 2003. Mais maintenant que j'ai mis la main dessus, pas question de le passer sous silence. Coph Nia est l'une des signatures les plus récentes de Cold Meat Industry, puisque son premier album est sorti en 2000. Mais, attention : il se distingue avec netteté des groupinets que le label signe depuis quelques années. Ce projet d'un homme seul, Aldenon Satorial, est en effet actuellement l'un des plus aboutis de la scène dark-ambient. De ces aînés In Slaughter Natives et Raison d'Etre, il a conservé cette aptitude déterminante à bannir de sa musique tout ce qui pourrait la rendre étriquée et complaisante. Ce sont au contraire l'ampleur et l'appel du lointain qui gouvernent ce disque, loin au dessus des petites médiocrités qui plombent des projets tels que, au hasard, Karjalan Sissit ou Sophia. Ici, tout n'est que noblesse, ce qui n'empêche pas l'auteur de revendiquer ses pêchés ("The hall of truth") ou sa solitude ("To fix the shadow"). Car ce disque a ceci de particulier qu'on y chante. Eh oui! Aldenon Satorial nous gratifie ici d'une voix assez proche de celle d'un Michael Gira (Swans) en pleine dépression. Ce chant grave est très bien maîtrisé et porteur d'une ambiance glauque. Sans compter que les textes sont magnifiques, qu'il s'agisse de textes originaux ou anciens revivifiés ("The hall of truth", "Gnostic anthems", "Hymn to Pan"). D'ailleurs, ce sont plus souvent des invocations que de chants à proprement parler. La musique est à l'unisson, puisqu'entre infra-basses rampantes, claviers lugubres, cors et percussions solennelles, elle crée un mystère brumeux et enveloppant. Le point culminant de cet album est sans nul doute atteint avec le terrifiant "Hymn to pan" susnommé. Sur une simple de trame de piano syncopé redondant et de percussions funéraires, Coph Nia pond l'un des morceaux les plus angoissants qu'il m'ait été donné d'écouter. On y récite, comme le dit le titre, et avec des rimes s'il vous plaît, un hymne au dieu grec Pan sur lequel vient au final se greffer un orgue funèbre. Ces huit minutes et demie d'incantations sont égrenées sur un rythme statique en parfaite concordance avec cette idée d'éternel retour chère aux grecs d'avant Socrate. Le seul simili faux-pas de ce disque provient de la reprise sans surprise du morceau de Bauhaus "Stigmata martyr": on eût préféré un morceau original supplémentaire. D'autant plus que l'album comporte, avec "Prime mover" des rockers suédois The Leather Nun, une seconde reprise, magnifique celle-ci. Ce disque est parfait à 95 %, et c'est très bien ainsi : il faut bien que Coph Nia conserve une petite marge de progression.
 
Alexis Kieffer
Decibels Storm - septembre 2003