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COMECON "Converging Conspiracies"
(century media -- 1993)
COMECON - Converging Conspiracies - cliquez pour agrandir l'image.
Des trois albums enfantés par ces Suédois, ces conspirations convergentes sont sans ambages leur réalisation la plus solide. Calé entre un « Megatrends in brutality » archi-convenu, sorti deux années avant, illustrant bien malgré lui le contexte d’asphyxie death-métallique dans lequel il parut et un « Fable frolic », inversement novateur, véritable ovni thrash décalé et bizarroïde qui prit l’allure d’un pétard mouillé, ce « Converging consipiracies » atterrit en 1993 comme un pavé dans la mare du métal extrême. Profondément enraciné dans la tradition nordique, de par sa production grassouillette et ses riffs mélodiques, cette galette bénéficiait également de l’apport vocal d’un invité de choix, et non des moindres, Martin Van Drunen. Après avoir officié, avec la classe qui est sienne dans de prestigieuses formations telles Pestilence ou Asphyx, il choisissait de rallier cette noble confrérie qu’est Comecon pour un one-shot de premier ordre, succédant ainsi à L.G. Petrov (Entombed) et précédant Marc Grewe (Morgoth) dans la chronologie discographique du groupe. Une fois de plus et comme à chacune de ses apparitions furtives, ce mercenaire de la cause death-métallique inondait de toute sa classe ces onze compositions de premier choix. Ses vocalises, tour à tour aigües, médium et profondément gutturales collaient à merveille aux structures alambiquées et complexes concoctées par la fine équipe de Comecon.
Celle-ci, loin d’être une simple copie carbone de ses féroces frères d’armes Entombed et Dismember, naviguait constamment dans des eaux troubles et encore inexplorées par ses petits camarades de l’époque. Il était ici question de riffs dissonants, de breaks impromptus, de changements continus de rythmes d’un morceau à l’autre, de mélodies inhabituelles, le tout mené de main de maître par une section rythmique aux abois, privilégiant la cassure permanente à la linéarité confortable. De là à parler de remise en cause, il n’y a qu’un pas que je franchirais allègrement ! Car oui, même s’il était question de death métal sur cette œuvre (pas d’erreur possible sur la marchandise avec des titres tels « Democrator », « Aerie » ou « Bleed/Burn » en tête de liste), on sentait également une irrémédiable volonté de s’amuser quelque peu avec le feu sacré de l’expérimentation. Illustrant ce propos avec justesse, l’apparition de parties plus hardcore et sauvages (« God told me to ») ou à l’inverse lancinantes, écrasantes de puissance (« Morticide », Dipstick ») précédaient un déluge final heavy/thrash de toute beauté (« House that man built ») au break central acoustique qui faisait son petit effet, mine de rien. Et ce n’était là qu’un petit aperçu des capacités techniques de ces habiles Suédois, redoutables tordeurs de manches !
Alors oui, je le dis clairement et sans le moindre doute, cet album vaut son pesant de cacahuètes, de houblon, de n’importe quel aliment qui vous semble le plus adapté à la situation. Le maître mot l’illustrant au mieux est Diversité, avec un grand D. Une Diversité maîtrisée, cohérente, qui n’est pas simplement utilisée pour se donner bonne conscience mais plutôt pour se démarquer habilement de ses petits voisins, pour la plupart feignants et opportunistes. Une Diversité que l’on retrouve également dans les textes, travaillés, personnels et réfléchis, se détachant du triptyque sataniste/gore/social (rayer la mention inutile) qui était pourtant en vogue en cette année 1993. Une
Diversité qui, malheureusement, ne leur accordera qu’une reconnaissance médiatique et artistique (très) limitée. On ne le sait que trop, ceux qui prennent des risques en sortant des sentiers battus récoltent rarement les fruits de leur dur labeur… ou bien à titre posthume…
Gageons que ceux et celles qui l’ont laissé sur le bas-côté il y a treize ans, lors de sa parution initiale, prendront aujourd’hui le temps de lui donner une seconde chance.
Quant aux plus jeunes, n’ayant vécu cette époque formidable que par le biais de rééditions plus ou moins audacieuses (et bassement mercantiles pour la plupart), qu’ils jettent une oreille attentive sur cette œuvre de qualité, ils ne le regretteront pas.
 
Clem
Decibels Storm - janvier 2007