Il
faut bien l'avouer, chez Decibels Storm on a quelques chouchous,
et Cobra y a sa place toute particulière. Aussi me réjouis-je
de pouvoir les présenter à nouveau dans les humbles colonnes
de Decibels Storm, qui plus est à l'occasion de la sortie d'un
nouvel album. Et quel album mes enfants !
Mais
revenons un peu en arrière : Cobra existe en fait depuis plus
de 20 ans, au grand désespoir des municipalités successives
de Grasse, Alpes Maritimes.
Pour que vous soyiez complètement au parfum (eh eh), il faudra
que je vous rappelle que Cobra s'appelait auparavant Asterix
Au Pays du Blues : les spécialistes et autres vétérans se souviendront
de leurs concerts complètement déjantés devant des assistances
médusées, et de leurs demos de style extra-terrestre.
Le duo (car ils arrivent à faire tout ce boucan en étant seulement
deux) continue depuis quelques années l'aventure sous le nom
de Cobra. "Le
Pont des Extrêmes" est le deuxième album sous ce patronyme,
après "Involution" sorti en l'an 2000 (cf. notre chronique).
Si ce petit historique est nécessaire, c'est pour en remettre
quelques uns à leur place, qui se sont permis d'écrire ça et
là que Cobra, ça sortait de nulle part et ça ne crachait pas
loin. Erreur fatale dont ce nouvel album est une preuve ultime.
Il
faut bien avouer que Cobra n'est pas pour les esprits simples
: le 666e degré est la règle, et il faut sans cesse garder à
l'esprit que l'ambiance "jeune chiot fou qui va tout péter"
n'est que de façade. A l'instar d'un Ludwig Von 88, dont les
déconnades et les productions à deux balles portaient encore
plus haut le message incisif, Cobra trompe son monde avec une
approche "autoprod' punk dans la cave" qui n'est là que pour
amuser la galerie, car une écoute attentive remet vite à l'ordre
l'auditeur du dimanche : textes désopilants mais toujours d'une
justesse et d'une lucidité percutantes, artwork dédié aux gourous
de tous poils, production sans fioritures mais qui sait éclairer
des compositions de premier ordre remplies de clins d'œil et
de plan malins, et par dessus tout, cette fausse impression
d'ambiance bon enfant qui révèle vite une force et une hargne
qui n'ont rien à envier à personne.
"Le
Pont des Extrême" est en vérité un vrai petit bijou : puissance
vocale hallucinante, compositions et approche musicale dans
la droite ligne d'un Queens of the Stone Age, et toujours ces
textes incroyables, qui souvent savent faire rire, mais toujours
jaune.
Mention spéciale au morceau d'ouverture "Des lieux associatifs
pour les jeunes", qui résume tout à lui tout seul : paroles
qui balancent entre délire et dénonciation savante, voix carrément
impressionnante, musique rouleau-compresseur, le tout agrémenté
d'un solo de guitare parmi les plus élégants de l'année 2005.
Cobra,
j'en suis baba.