Rarement
un disque n'avait été si attendu dans le milieu underground.
Question de suprématie. Et l'attente ne fut pas vaine. Rien
qu'avec sa pochette façon Jérôme Bosch sous acide, Cathedral
annonçait la couleur : "on est des super freaks".
Toujours au rang des signes extérieurs de dinguerie, il y
avait la durée des morceaux : le cap des 10 minutes ne fait
pas peur au groupe. Si l'on en vient maintenant au contenu,
le constat est encore plus cru : personne n'avait encore jamais
sonné comme sonne Cathedral sur ce premier album. Car à cette
époque, leur musique n'était pas encore si dévouée à Black
Sabbath. Le climat qui enveloppe ce disque nous renvoie plus
vers les groupes folk-prog anglais des années 70 que vers
le metal pur et dur, même si le son est, lui, heavy à souhait
(euphémisme). Il réside dans cet album une évanescence et
une langueur que le groupe ne cherchera ensuite plus jamais
à exploiter, sauf dans leur mamouthesque "Voyage of the homeless
sapiens", longue pièce de 26 minutes figurant sur le EP "Statik
Majik". L'originalité réside également dans les vocaux de
cet E.T qu'est Lee Dorrian. Le mélange entre une musique si
exagérément lente et des vocaux typés death était alors une
première.
Il y avait aussi cet indicible ironie dans les paroles et
cette furieuse envie de ne point se laisser fixer de limites.
Lors
de sa sortie, l'album divisa nettement les troupes deatheuses
: certains crièrent au génie (j'en suis), les autres (majoritaires),
crièrent "au secours".
En vérité, je vous le dis, il s'agit d'un album événement,
une de ces pierres angulaires qui marquent inexorablement
leur époque. C'est un mètre-étalon sur lequel une génération
de doomsters se mesurera, avec des fortunes diverses. Aujourd'hui,
Cathedral est toujours là et porte haut son slogan : "doom
or be doomed".