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"Welcome to my theatre, the stage upon which I act,
Turning in a sumptuous performance, heinously I hew and gash..."
Déjà 15 ans que cet album est sorti… et force est de constater que celui-ci n’a pas pris une ride, restant à la hauteur du culte qu’il a définitivement assis lors de sortie. Imaginez donc, quatre Anglais remontés à bloc, férus d’ouvrages médico-légaux, d’anatomie poussée dans ses derniers retranchements, illustrant leur passion dévorante à travers un death métal unique en son genre, brassant avec une joie sanguinaire ce qui se fait de mieux en la matière, rehaussant cette base solide d’éléments heavy et grind de toute première classe. Le tout supervisé par le maître incontesté de la production métallique bétonnée, Colin Richardson. Référence nec plus ultra s'il est besoin de le préciser en matière d’agression sonore millimétrée.
On pourrait alors s’arrêter sur ces quelques phrases et déclarer le caractère hors-norme de l’œuvre comme seule raison valide de le célébrer comme l’une des pierres angulaires du métal extrême... Et ce ad vitam aeternam. Mais ce ne serait lui rendre justice, tant celui-ci met à genoux toute concurrence potentielle, la renvoyant potasser son atlas d’anatomie humaine pour des siècles et des siècles !
Et potasser n'est pas un vain mot ! Car l'amateur devra se munir de patience, de courage, d'abnégation, réprimant violemment ses hauts-le-coeur et autres bouffées nauséeuses pour espérer découvrir ce qui se cache derrière ce théâtre morbide.
Les textes sont à la hauteur du concept invoqué, incompréhensibles pour le commun des mortels, rédigés dans un jargon médico-légal porté à son paroxysme de technicité où seuls les exègètes en cette matière élitiste auront encore droit de cité. Je n’en fais pas partie, même si j’ai tenté, à la manière du Da Vinci Code, de percer leur secret à l’aide d’un copieux Harraps et d’une motivation sans faille. Le résultat était prévisible… ce fut un échec dans toute sa splendeur… Ma relative jeunesse et ma profonde naïveté m’ayant fait miroiter un succès rapide…
Passons sur cette expérience foireuse et revenons, avant d'aller plus loin dans la démence nécrotique, sur l'histoire de nos thanatopracteurs favoris ! Flashback !
Ceux et celles qui ont encore les deux œuvres précédentes des Anglais entre les esgourdes pourront justifier du caractère unique de ce groupe sulfureux, exhalant son haleine mortifère à qui le veut bien…
« Reek of putrefaction » donnait dans le grind ultime, gore et irrévérencieux, fleurant bon la tripaille avariée et le formol bon marché, recelant ci et là quelques perles d’agression sonore encore inégalées (« Regurgitation of giblets », « Splattered cavities », « Burnt to a crisp », j’en passe et des meilleures). Celles-ci présentaient néanmoins un défaut majeur pour tout fan de métal au sens large… sa production répugnante, à la limite de l’inaudible… qui lui octroyait également tout son charme malsain !
Quant à « Symphonies of sickness », il amorce, quoique timidement, le virage death-métallique entrepris par notre trio d’experts légistes préférés. Le tracklisting passe de 22 à 10 titres, plus « calibrés » et « raffinés », tant que cela soit possible… Rien que l’intro enchaînée aux premières notes de guitares, surplombées part cette alternance de vocalises « ours en rut / porcinet émasculé » définitivement unique, devrait durablement donner son quota de frisson à n’importe quel amateur de death/grind qui se respecte. Les neuf autres titres, résonnant comme autant d’hymnes dans nos conduits auditifs préparés un tant soit peu à cette invasion décibellique, propulsent le groupe dans une sphère ou lui et lui seul gravitera encore pendant quelques années. La diversité des rythmiques déjà présentes ici constituant une simple mais subtile mise en bouche au plat de résistance évoqué dans cette chronique…
« Necroticism », troisième et dernier assaut des dieux de Nottingham entièrement dévoué à la cause death, confirme la tendance amorcée sur « Symphonies… ». Même si celui-ci ne tire pas un trait définitif sur son passé, il permet au groupe de passer en division supérieure et ce dès les premiers riffs du génialissime « Inpropagation ». Les changements de rythmes à foison, innombrables breaks sanglants gisant ci et là font maintenant partie intégrante du décor, les mélodies, sanguinaires et morbides, surviennent de manière plus régulière, les solos, grandioses moments de bravoure heavy, sont à l’honneur de la plus belle des façons… mais ce n’est pas tout. Il y a cette alternance de vocalises graves/aigües, évoquées un peu plus haut, éructées haineusement par Jeff Walker et Bill Steer. Il y a cette batterie, tellurique, écrasante de puissance, désireuse d’en découdre en permanence, appuyant une section rythmique hargneuse et extrémiste. Il y a ces interludes fantomatiques qui font froid dans le dos, récits d'autopsies diverses et variées. Et il y a surtout cet odieux concept médico-légal baignant en permanence dans les viscères tiédasses, ode à la décomposition et à la putrescence, qui deviendrait presque, sous la plume de ces Anglais, un sujet de poésie tant l’écriture y est racée et technique.
Mais la grande force de Carcass est finalement d’honorer son passé grind à travers l’utilisation de blasts épileptiques mais contrôlés, tout en le conjuguant à des mid-tempos Hénaurmes (je ne vous dis que ça !) et des passages furieusement « groovy » (pardonnez moi seigneur pour l’utilisation de ce terme dans cette chronique mais il leur sied à merveille) qui témoignent d’une volonté évidente de s’extraire de la masse, d’écraser la concurrence et de redéfinir la donne, quitte à laisser quelques miettes pour les autres.
Tant pis si ceux-ci crèvent la dalle, n’ont qu’à prendre exemple sur eux ! Et élever cet album au rang qui lui est dû... celui de chef d'oeuvre intemporel du death métal. Ni plus...ni moins. |