A
chaque fois que je reçois un disque du label Relapse, une
curiosité certaine se manifeste, doublée de nombreuses interrogations
sur la finalité de celui-ci. Pourquoi ? Tout simplement parce
que nombre de formations hébergées par Relapse sont tout simplement
folles à lier ! Qui oserait prétendre que les individus qui
se cachent derrière Agoraphobic Nosebleed, Pig Destroyer,
Today Is The Day, The Dillinger Escape Plan, High On Fire,
Soilent Green ou encore Cephalic Carnage sont sains d'esprits
? Pas moi, en tout cas. Mais c'est cette vision totalement
décalée, profondément novatrice, du metal sous toutes ses
formes qui fait que c'est aujourd'hui le label que je préfère
sur de nombreux points. Son attitude irrespectueuse à l'égard
des standards, sa prise de risques continue quant à ses critères
de signature et sa vision unique de la musique extrême en
font le plus digne de ses ambassadeurs à mon sens.
Passons
maintenant au cas Buried Inside. Symptomatique d'un attrait
jamais démenti des dirigeants du label pour le metal/hardcore
névrosé, torturé et iconoclaste, cette nouvelle signature
de l'écurie pennsylvanienne ne dépareillerait pas aux côtés
de formations plus aguerries telles Neurosis, The Dillinger
Escape Plan, Mastodon ou Burnt By The Sun. C'est d'ailleurs
à l'évocation de ces noms prestigieux que je me rends compte
que Buried Inside synthétise avec virtuosité et talent les
caractéristiques musicales des combos précités. Combinant
la lourdeur hypnotique, quasi onirique propre au premier,
les breaks assassins et foudroyants du second, la puissance
monolithique du troisième et les mélodies torturées et concassées
du quatrième; Buried Inside est une juste analyse du mouvement
metal/hardcore tel qu'il est pratiqué aujourd'hui outre-Atlantique.
Mais
attention, Buried Inside ne constitue pas pour autant une
simple relecture de ce qui a déjà été créé avec brio, il va
plus loin et mêle à tout cela une forte personnalité et une
étude des textes poussée dans ses derniers retranchements.
Car, tout au long des dix titres formant ce " Chronoclast
", la notion du temps, qu'il soit perçu comme une idéologie
(second morceau), une méthodologie (troisième morceau) ou
encore un moyen de résistance (dixième et dernier morceau)
est mise à nue. Soigneusement triturée, disséquée, puis analysée
pour former un concept absolument unique à ce jour. Certes
pas toujours évident à cerner, mais suscitant chez l'auditeur
curieux de multiples interrogations quant à cette notion fondamentale
et à la base de notre existence que constitue le temps.
Pour
parachever ce portrait déjà élogieux, et élever cet album
au rang de chef d'œuvre, la production est assurée par les
doigts de fée de Matt Bayles, déjà responsable des productions
de Pearl Jam, Mastodon, Isis, Botch ou de l'unique These Arms
Are Snakes. On pourra donc se délecter en toute impunité de
ce son ample et puissant qui conserve tout de même une large
part de sauvagerie bienvenue.
Je
ne vois pas quoi ajouter en guise de conclusion, sinon qu'il
faut vous procurer au plus vite cet album incendiaire, sous
peine de passer à côté d'un des groupes les plus prometteurs
en matière de métal hardcore.
Assassin
et fier de l'être.