Le
troubadour du rock est de retour. Si Ritchie Blackmore est d'ores
et déjà une légende vivante (guitariste de Deep Purple, auteur
du riff du mythique "Smoke on the Water", puis fondateur de
Rainbow), il a su, ces 10 dernières années, renouveller sa carrière
de façon brillante avec son groupe Blackmore's Night, fruit
de sa collaboration avec sa chanteuse de femme Candice Night.
Nous avons déjà eu l'occasion de présenter ses précédents opus
(voir nos chroniques du live "Past times with good company"
et de l'album qui a suivi : "Ghost of a Rose"), et ce cinquième
enregistrement en studio n'est pas près de doucher notre enhousiasme
: le résultat est encore une fois d'une qualité rare.
Il
n'est pas question ici de démonstration guitaristique ou de
concours de descente de manche : Ritchie Blackmore joue la force
tranquille (une virtuosité discrète mais bien réelle qui dégoutera
encore plus les apprentis guitaristes), et met tout son talent
au service de 14 véritables chansons, dont 2 instrumentaux et
4 reprises (une version magnifique du "Child in Time" de Deep
Purple, "Streets of London" du guitariste anglais Ralph McTell,
"St. Teresa" de... Joan Osborne et enfin "Street of Dreams" de Rainbow qui cloture l'album et
qui est doublée, selon les éditions, d'une seconde
version avec Joe Lynn Turner au chant).
Les
arrangements se diversifient un peu plus sur ce nouveau CD,
et les ambiances médiévales ou traditionnelles, bien que présentes,
ne sont plus aussi prépondérantes que sur les précédents albums.
Bénéficiant d'une production parfaite, Blakmore's Night varie
en effet les plaisirs, et passe allègrement de la chanson à
boire ("Olde Mill Inn") aux mélopées orientalisantes ("25 years"),
en passant par la complainte aux accents épiques ("Village Lanterne",
"World of Stone"), les clins d'oeil prononcés à l'époque Deep
Purple ("I guess it doesn't matter", "St Teresa" de Joan Osborne brillament revisité), les ambiances
traditionnelles ou folkloriques ("Faerie Queen" et un "Mond
Tanz" endiablé), pour parfois décrocher, de manière brillante,
vers un rock FM que pourraient revendiquer Shania Twain ou Céline
Dion ("I'll Be There", "Street of Dreams").
Multipliant
les ambiances, les instruments et les arrangements, n'hésitant
pas à rythmer ses morceaux par une java ou une valse, Blackmore's
Night réussit le pari de livrer 14 titres très divers et décomplexés,
sans qu'aucun n'altère la cohérence de l'ensemble.
Une
grande leçon de musique, et 50 minutes de bonheur.