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Diversement apprécié, ce disque reste en ce qui me concerne le premier sommet de la carrière d'Anathema. Il y flotte un parfum noir et décadent qui m'a toujours ravi. Le groupe y opère une réorientation radicale et totalement personnelle. Il s'agit d'un affranchissement éclatant vis à vis de toutes les chapelles alors en vogue en 1995. Rien n'est dû, ni à Paradise Lost, ni à Tiamat, ni à My Dying Bride, ni à Cathedral, ni même à Type O Negative. Si, peut-être à Type O'... En effet, Anathema développe sur ce disque une architecture sonore assez similaire à celle que les new-yorkais avaient mise à l'honneur sur leurs deux premiers méfaits, à savoir un mixage assez égalitaire de tous les instruments, pour parvenir à un bloc consistant. Chez Type O', ce sont les claviers qui se chargeaient de l'irriguer. Ici, ce sont des guitares traînantes qui nourissent cet ensemble compact. Le chant s'est également considérablement émancipé de tous les stéréotypes puisque Vincent Cavannagh évolue désormais dans un registre lugubre, mi-hurlé, mi-parlé, jamais death. Expérimentale, cette façon de faire touche parfois ses limites techniques. Mais qu'importe, en comparaison des frissons causés par la performance livrée sur un titre comme "Sunset of the age", morceau par ailleurs extraordinaire musicalement parlant, avec ses accents de menace et d'orage belliqueux. D'ailleurs, dans l'ensemble, ce qui frappe sur ce disque est qu'à côté, ou plutôt au-dessus, du climat classiquement désespéré qu'il crée, surnage une acrimonie de tous les instants, une défiance et une rébellion systématiques. La bestiole ne se dresse peut être pas en rugissant, mais elle rampe sournoisement. Il y a du black là-dedans. Et aussi du goth. Pas du goth à paillettes, non du goth bien lourd, bien froid, par exemple sur la séquence finale de "Nocturnal Emission." Et encore le tonnerre qui gronde au loin sur le morceau d'après, "Cerulean twilight", avec ces guitares et cette basse qui se combattent et s'entremêlent dans un magma reptilien répugnant. Avec en arrière fond sonore des hurlements infernaux qui stoppent ensuite net pour laisser place à une interminable séquence instrumentale finale, simple mais menaçante, encore, toujours. Le titre éponyme vient alors, sur des roulements martiaux de batterie, apporter un concentré de tout l'album : chant plaintif puis haineux, grondements telluriques et ruisseaux mercuriens. Puis survient "A Dying Wish", soit 8 minutes de secousses dantesques et épiques, véritable réponse anglaise au "Alma Mater" de Moonspell. Et ce chant d'écorché sur fond de son à couper au couteau, avec toujours ce bloc sonore qu'aucun coin ne saurait fendre. Non, vraiment, "The Silent Enigma", c'était un chouette moment, de ceux qui offrent de nouvelles perspectives et rendent encore plus exigeant pour l'avenir. |