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Lorsque retentissent les premières notes, de piano, de "Shroud of false", on pense immédiatement qu'Anathema va persévérer dans la veine pathologique exhibée sur "Eternity". Et puis non ! Attention, je ne dis pas que cet album est gai. Il est tout le contraire. Mais Anathema a désormais une totale maîtrise des codes et ça lui permet de la jouer grande classe. Le véritable début du disque s'opère avec "Fragile dreams", magnifique morceau où les rythmes alternent avec bonheur, du rageur au calme, avec en guise d'intro une superbe montée en puissance assurée par le batteur intérimaire Shaun Steels, qui fait elle-même suite à une entrée en matière au violon inédite pour le groupe. La qualité rythmique et dynamique de ce morceau est remarquable et l'on veut espérer qu'elle sera la marque de fabrique de l'album. Ca semble en effet se préciser sur le morceau suivant, "Empty", premier hit en puissance dans la discographie du groupe. Il y développe pendant 3 minutes une structure très cyclique et rapide, appuyée sur des boucles de batterie parfaitement maîtrisées tant dans leur utilisation que dans leur sonorité. On ne tombe jamais dans le racolage, mais ça groove, ça rocke, ça vitupère... Très bien, j'adore. Mais ce n'est qu'après qu'Anathema fait étalage de son changement intime. Car glisser une petite bombinette groovy, s'est bien. Mais savoir évoluer sur ses propres fondamentaux, c'est autrement plus fort. Et le groupe y parvient parfaitement. D'abord, il a su renouveler sa sonorité. Il a fait évoluer son magma grondant vers quelque chose de beaucoup plus clair, plus posé, mais pas moins profond. Vocalement, le changement est également particulièrement palpable puisque Vincent Cavannagh adopte désormais un chant très clair et très articulé, très sobre, évitant quasiment tout pathos. Ce qui ne l'empêche pas d'égrener des paroles d'une tristesse et d'une aigreur incommensurables. Pour faire bref, le thème de ce disque est la vie que l'on finit par rater à force de complaisance, de lâcheté, de peur et de manque de clairvoyance... L'osmose entre les vocaux et la musique est totale. Les fréquents changements de pieds au sein des morceaux cadrent parfaitement avec les interpellations que le chanteur envoie littéralement en direction de l'auditeur, ou plutôt du destinataire de sa vindicte. Le titre éponyme est un autre moment très fort de l'album, où la section rythmique et le chanteur se livrent à un duel simple mais prenant. L'économie de moyen mise en oeuvre sur ce titre lui confère une aridité qui le rend encore plus inquiétant. On songe un peu aux Doors. En règle générale, et malgré les boucles de "Empty", cet album est d'une sobriété qui fait plaisir à entendre. Les ambiances en ressortent magnifiées et l'on se dit qu'Anathema a tout compris des 35 ans de rock anglais qui l'ont précédé. Second sommet du groupe. |