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Après un premier album dont les quelques originalités ne pouvaient cependant empêcher son rattachement total à l'école death scandinave, Amorphis publie un de ces disques qui feront date. Sous entendu : qui s'écartent ostensiblement du dogme. Rythmes ralentis, titres calibrés, riffs alourdis, chant clair, claviers : n'en jetez plus, tout les indices de la "décantation" sont présents. On pourra objecter que tout ce mouvement avait déjà été mis en branle par Tiamat deux ans auparavant avec "Clouds". L'originalité d'Amorphis tient cependant, indéniablement, dans l'incorporation systématique d'éléments mélodiques traditionnels. Ces apports confèrent à la musique un côté entraînant, parfois même racoleur car l'effet est assez nettement adoucissant. Malgré un logo toujours lugubre et un artwork marécageux, la noirceur n'est pas véritablement au rendez-vous. Il faut dire aussi que les parties de guitares sont majoritairement dans la veine heavy, et non dans la mouvance doom. Mais ça fonctionne, et pas qu'un peu... Le décompte des hymnes et des "metal-moments" devient assez rapidement une cause perdue. Même l'intro synthé-cryptique, avec ses éléments aquatiques caractéristiques, est devenue culte. Et après, c'est le grand enchaînement des abondances. "Into hiding" et son feeling mélancolique rageur, "The castaway", manifeste folklo-métal, "First doom", le bien nommé, seule véritable incursion doomy de l'album, très typée Tiamat. Et il y a le morceau de bravoure, "Black winter day", vraisemblablement le plus gros hit euro-death des années 94/95, d'une notoriété égale à celle d'un "Left hand path" ou d'un "Gothic". Qu'est ce qu'on en a bouffé. Et pourtant, 13 ans après, on se surprend toujours à titiller la touche "re-play". Ben ouais, "Black winter day", c'est con, c'est gros-sabot, mais qu'est ce que c'est bon ! Sur une trame mélodique simplette, Amorphis assène un clavier déroulant des gimmicks traditionnels. Une bonne grosse voix des cavernes à la diction rugueuse, quasi "crématoryenne", une incartade dans le chant clair genre épanchement romantique, et le hit est pondu. Ca a l'air simple comme ça, mais, antienne connue: " 'fallait y penser". Ensuite, l'album reprend son cours "heavy-viril-des-bois", non sans distiller çà et là mille autres trouvailles mélodiques, comme ce chorus en spirale sur "Drowned maid" ou ce double chant sur "In the beginning". Les gros sabots se pointent de nouveau sur "Forgotten sunrise". Il faut dire aussi que la production enclumesque du père Skogsberg n'est pas pour rien dans cette rudesse : plus lourdaud, tu meurs ! Est-il à l'origine de la discutable tentative électro-pop insérée dans le dernier titre ? Oublions ça, et restons-en à ce qu'est véritablement ce disque : une populaire, astucieuse et réussie prolongation de l'innovation Tiamatienne. Toutefois, à la même époque, Tiamat s'apprêtait déjà à prendre le train suivant avec "Wildhoney". C'est une autre histoire. |