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Décembre
1990 : j'achète "Facelift" d'Alice In Chains.
Et donc, je sais ce dont il retourne lorsque paraît le numéro
de janvier 1991 de Hard Rock Magazine. Ritchie Blackmore est
en couverture… Ce qui situe l'aventurisme de la parution. Page
62, une journaliste, dont je tairai le nom par pure charité,
écrit à propos de l'album : "Après le succès mérité de The
Front et son style psycho-seventies, CBS tente une opération
similaire avec Alice In Chains, jeune groupe originaire de Seattle.
Merci d'avoir essayé, mais, malheureusement, ça ne marche pas
(…)"
Avril 2002 : j'apprends incidemment la mort de Layne Staley.
Entre-temps, six disques (trois albums, un live, deux EP). "Facelift"
est le premier d'entre-eux. N'en déplaise à notre dévouée consœur,
il s'agit à mon sens d'un des cinq meilleurs premiers albums
metal de tous les temps (je tiens la liste à disposition). Il
s'agit d'un album réellement magique. Les influences sont à
rechercher du côté de Blue Öyster Cult et Black Sabbath. Avec
évidemment, quelque chose en prime : une noirceur à couper au
couteau, superbement rendue par les titres somptueux que sont
"love, hate, love", "man in the box", "we die young ", "I can't
remember"…Et une production rugueuse, compacte, nerveuse, du
génial Dave Jerden.
Et puis, la révélation d'un chanteur exceptionnel, Layne Staley.
Ce type était doté d'une voix à la fois caressante et angoissante,
en tout état de cause totalement désabusée. On sait ce qu'il
en advint. Les riffs et la rythmique sont d'une solidité à toute
épreuve et rappellent les grands moments de Led Zeppelin par
leur cohésion et leur efficacité vicieuse.
Si Mudhoney, Green River, Soundgarden et Nirvana furent dès
1988 les pionniers de ce style qu'on appellerait ensuite " grunge
", il ne fait aucun doute qu'Alice In Chains, grâce au flair
divin de CBS, fut le groupe qui fit passer ce style de l'ombre
à la lumière. Désolé Madame, mais Alice In Chains, ça marche.
Au fait qui se souvient de The Front ? |