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A
peine deux ans après la sortie du phénoménal " Facelift ", Alice
In Chains sort son second album. Le groupe possèdait alors une
productivité assez remarquable qu'il perdra hélas au fil du
temps. Et ce n'est évidemment pas maintenant que ça va s'arranger…
"Dirt" débute par deux brûlots : "Them bones" et "Dam that river".
Suivent deux titres puissants et racés : "Rain when I die" et
"Sickman". Puis, alors que l'on souhaitait pouvoir se reposer,
on tombe sur "The rooster". Si ce morceau marque une pause dans
le rythme, il constitue cependant un pic émotionnel acéré. Tant
sur le plan musical que lyrique. Musicalement, "The rooster"
est une longue pièce triste et marécageuse déchirée par des
déluges de guitares hurlantes, le tout sous des coups de batterie
qui résonnent comme des bombes. Et cette référence militaire
n'est pas un hasard, puisque les paroles évoquent la guerre
du Vietnam d'un homme que Layne Staley désigne comme son père
et qui avait été surnommé "the rooster", le coq. Est-il besoin
de préciser que Layne Staley est gonflé à bloc et que sa performance
est extra-terrestre ? Ce qui est sidérant avec ce type est la
façon dont il parvient à transformer son désespoir sans fond
en une haine acrimonieuse de tous ceux qui l'ont un jour emmerdé
ou simplement déçu. Car il ne faut pas s'y tromper. Ce toxico
avait l'héroïne mauvaise. Ces paroles sont parfois emplies d'un
fiel plus acide que toutes les pluies Rhénanes. En ceci, il
préfigure un peu les saligauds d'Electric Wizard qui non seulement
se piquent, mais en plus vous détestent. Il faut lire les paroles
de "Dam that river" et surtout "Dirt", le morceau. Justement,
parlons de ce morceau. Il constitue à coup sûr le second chef
d'œuvre de cet album. Et il faut alors, enfin, je m'en excuse,
rendre hommage au génial compositeur et instrumentiste qu'est
Jerry Cantrell. Ce type a réellement un don pour pondre des
riffs transperçants et vicieux. "Dirt" en est l'expression la
plus éloquente. La suite de l'album, encore 5 titres, est à
l'avenant : puissance des riffs de Jerry Cantrell et désespoir
des comptines de Layne Staley. Tout se finit dans un morceau
qui me fait inexorablement penser à une spirale descendante,
"Would?", et le tour est joué. Dieu que cet album est épuisant.
Et qu'il est beau. Certainement le plus beau des années 90.
Et vu ce que les années 2000 nous ont offert à ce jour, il tient
toujours bon la corde. |